héâtre-élévision
chorégraphie : Boris Charmatz
avec : Nuno Bizarro, Boris Charmatz, Julia Cima, Benoît Lachambre, Mathilde Lapostolle, Myriam Lebreton et Philippe Bailleul
lumière : Yves Godin
coordination artistique : Dimitri Chamblas
montage : César Vayssié
image : Madjid Hakimi
travail voix : Dalila Khatir
Je ne sais pas si j'ai le droit de dire de ce projet éprouvant qu'il continue les explorations des pièces précédentes, les ramasse et les projette en une lumière crue sur des visages et des mains dont on sait sans savoir pourquoi qu'ils sont le théâtre extrême du corps.
J'entends la forge et les déformations de nos têtes mangées par les pantalons de Con forts fleuve. Nos visages d'interprètes doivent être investis de questions absolues (cruciales), au moment où l'on peut replacer l'expressivité, que nous avions diffusée dans le corps, là où elle était censée apparaître. Nous sommes peut-être assez mûrs pour accrocher à nos visages des tiraillements, des désirs, des rapports de puissance testés par nos danses. Laissons venir à leur suite des traces vocales et des réactions physiques.
« Quelques notes... »
Pièce chorégraphique en forme de poupées russes, héâtre-élévision est un spectacle réduit à un film, lui-même réduit à une télévision et présenté dans une installation. C'est une sorte de décoction, peut-être un suicide du spectacle vivant : que restera-t-il de l'odeur du travail des danseurs après l'anesthésie de l'écran et des pixels ?
Pour suppléer à l'absence de spectacle vivant, ou plutôt pour rendre cette absence cruciale, les fantômes des artistes présents à l'écran prendront corps dans la tête du spectateur, trouvant là un nouvel espace de projection, infiniment plus ouvert qu'il n'y paraît. Il est peut-être temps d'être explicitement ailleurs que dans la danse moderniste aux visages contrôlés ou gris, ailleurs que dans ces visages de ballerines écartelées entre l'effort et le charme, ailleurs que dans ces danses de théâtre affiché où le visage montre ce qu'il faut penser du reste et délivre un sens prédéterminé à l'expérience.
Nous entendons ici venir désœuvrés, soutenus seulement par une danse qui ne s'arrête pas à son incarnation. Une danse qui ne remplit pas automatiquement l'espace mais qui résonne de plus en plus clairement avec les champs politiques, sémantiques et sociaux, une danse qui sait bien que les schémas, les normes, les relations de pouvoir sont déjà là en le corps, et qui n'en pense pas moins. Une danse enfin, déjà bien insaisissable, mais qui risque de paraître là totalement étrange(re ?).
Autant dire, en préjugeant absolument du résultat, qu'il s'agira bien de théâtre et de télévision, contre toute attente, et au-delà de l'apparent canular : de nos jours, la danse étend sa boue jusque-là, sans effort, et sans perdre l'âme qu'elle a depuis un certain temps abandonnée au profit de concepts autrement plus articulés de langage. Ici, du théâtre en son drame de corps absenté que l'on ranime par simulacre. Ici, de la télé-vision, pouvoir délégué à des danseurs à distance dont l'influence n'est pas directe (au contact entraînant des masses à la danse) mais hypnotique. Quel désir masochiste trouve à danser dans ces espaces si confinés ?
Boris Charmatz
mixage et montage son : Olivier Renouf, avec des musiques de Galina Ustvolskaya, Composition n°1, Dona Nobis Pacem (1970-1971) et de Philippe Bailleul
prise de son : Claire Thiébault
Conseil audiovisuel : Isabelle Tat
Photographe : Stéphanie Jayet
Direction technique : Jean-Michel Hugo
Régie générale : Fred Fournel
Construction : Christian Borger, Christophe Couzon, Christian Giordano, Laurence Rossignol
Stagiaire : Marie-Lou Burger
Durée : 52 minutes
Production Association edna ; Musée de la danse
Coproduction : Kaaitheater (Bruxelles), Le Cargo-Maison de la culture de Grenoble, Les Spectacles vivants-Centre Pompidou, Centre national de la danse, Centre chorégraphique national de Tours (accueil studio), Bonlieu-Scène Nationale (Annecy), Festival d'Automne à Paris, Montpellier Danse, Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon, Hebbel Theater (Berlin), Siemens Arts Program.
Avec le soutien du DICREAM (aide à la réalisation), de la compagnie DCA-Philippe Decouflé, de Iris Caméra et de Locaflash.
« héâtre-élévision » a été réalisé dans le cadre d'une résidence à La Chaufferie (Saint-Denis).

